Un sifflement qui ne s’arrête jamais, un bourdonnement qui revient dès que le bureau se calme. Pour beaucoup d’actifs, les acouphènes restent une gêne dont on parle peu, au travail comme ailleurs. Une étude présentée ce mois-ci par l’Association nationale de l’audition (ANA) met des chiffres sur ce que beaucoup ressentent : plus l’acouphène est invalidant, plus les signes d’épuisement professionnel sont marqués.
Ses premiers résultats font aussi ressortir une piste plus inattendue, et plutôt encourageante : le sentiment d’être écouté et pris au sérieux semble compter autant que l’information reçue.
Plan de l'article
Une étude menée à l’occasion de la Semaine de la santé auditive au travail #
L’étude s’appelle EPPECAe, pour « Étude des pratiques d’accompagnement des acouphènes en entreprise ». L’ANA l’a dévoilée dans un communiqué du 12 octobre 2026, à l’occasion de la 11e Semaine de la santé auditive au travail. Elle a été menée avec la plateforme Siopi, la Fondation Écouter Voir et l’association France Acouphènes.
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Les chercheurs ont croisé trois questionnaires validés. Le premier mesure la sévérité du handicap lié à l’acouphène, sur une échelle de 0 à 100. Le deuxième évalue l’épuisement professionnel avec un outil standardisé, le Burnout Assessment Tool. Le troisième porte sur l’expérience de soin : la qualité de l’information reçue d’un côté, le sentiment de considération de l’autre.
Des résultats encore intermédiaires
Il faut garder en tête la taille de l’échantillon. Les premières analyses portent sur 158 participants, selon la présentation des résultats publiée par l’ANA. L’association poursuit les inclusions et vise 400 participants dans son communiqué. Les conclusions définitives viendront donc plus tard.
Plus l’acouphène pèse, plus l’épuisement guette #
Le résultat central est net. L’ANA décrit une relation « hautement significative » entre l’intensité du handicap acouphénique et les signes de burn-out, avec une corrélation globale de +0,61. Sur une échelle qui va de -1 à +1, c’est un lien fort.
Dans le détail, l’acouphène est surtout lié à l’épuisement (+0,57) et aux plaintes psychiques (+0,58). Il est aussi associé, un peu moins fortement, aux difficultés cognitives comme la perte de concentration ou de mémoire (+0,48), et à la détresse émotionnelle (+0,47).
Une corrélation ne dit pas qui cause quoi. Un acouphène sévère peut épuiser, mais un épuisement installé peut aussi rendre le symptôme plus difficile à supporter. Les deux s’entretiennent sans doute. Ce que l’étude montre clairement, c’est qu’on ne peut pas traiter l’un en ignorant l’autre.
Un symptôme qui touche beaucoup d’actifs
Le sujet ne concerne pas une poignée de personnes. Le communiqué cite l’étude PESA, selon laquelle près de 16 millions de personnes sont touchées par des acouphènes en France. Il s’appuie aussi sur le baromètre OpinionWay 2026 réalisé pour l’ANA, d’après lequel 35 % des actifs disent souffrir de sifflements ou de bourdonnements au travail.
La présentation de l’ANA ajoute deux chiffres qui parlent à toute personne concernée : sept ans d’attente en moyenne avant une prise en charge, et 41 jours d’arrêt par an pour les cas sévères.
Se sentir écouté, un vrai facteur de protection #
C’est sans doute l’enseignement le plus intéressant pour qui s’intéresse à l’équilibre émotionnel. L’étude compare deux dimensions de l’accompagnement.
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La première est l’information reçue. Les participants la jugent globalement insuffisante, mais elle n’est que très peu liée au niveau de handicap ressenti. Recevoir plus de brochures ou d’explications ne change pas grand-chose à ce que l’on vit.
La seconde est le sentiment de considération : être cru, respecté, soutenu. Là, le lien apparaît. Moins les personnes se sentent considérées, plus leur score de handicap est élevé, avec une corrélation négative de -0,31. L’ANA en conclut que la considération humaine agit comme « un levier protecteur direct ».
Le baromètre OpinionWay va dans le même sens : 49 % des salariés y réclament d’abord une meilleure écoute de leurs remarques, plutôt que de simples consignes techniques.
Ce que cela change au quotidien #
Pour les personnes qui vivent avec un acouphène, ces résultats valident une expérience souvent minimisée. La fatigue, l’irritabilité ou les difficultés de concentration ne sont pas « dans la tête » au sens où on l’entend parfois : elles font partie du tableau, et l’étude les mesure.
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Ils invitent aussi à ne pas rester seul avec le symptôme. Un premier pas peut être d’en parler à son médecin traitant, qui orientera si besoin vers un ORL, puis au service de santé au travail. Les approches qui aident à mieux vivre avec un acouphène, comme la gestion du stress, le travail sur l’attention ou la relaxation, trouvent leur place à côté du suivi médical, jamais à sa place.
Le rôle de l’entreprise
L’ANA demande que l’acouphène figure dans les grilles d’évaluation des risques psychosociaux et soit reconnu comme un handicap invisible dans les politiques de qualité de vie au travail. Elle recommande aussi de former les managers à l’écoute. « La première réponse thérapeutique et managériale ne coûte rien : c’est l’absence de banalisation et la prise en compte du vécu de l’employé », résume sa présentation.
Le message dépasse les seuls acouphènes. Une gêne invisible, quand elle n’est pas entendue, finit par peser sur l’énergie, l’humeur et la confiance en soi. Être écouté reste une des premières formes de soin, au bureau comme à la maison. Pour suivre l’étude ou y participer, la page de la Semaine de la santé auditive au travail regroupe les documents publiés par l’association.




