Près de huit salariés sur dix envisagent de faire évoluer leur vie professionnelle dans les deux prochaines années. C’est le premier enseignement de la sixième vague du baromètre territorial de l’évolution professionnelle, réalisé par l’Ifop pour Avenir Actifs, l’opérateur du service Mon CEP, et publié le 9 octobre. Depuis, les déclinaisons régionales se succèdent dans la presse. Elles racontent une envie de bouger, mais souvent sans tout quitter, et un nouveau venu dans la réflexion : l’intelligence artificielle.
Plan de l'article
Une envie d’évoluer qui reste très forte #
Selon la présentation de l’Ifop, 78 % des salariés interrogés envisagent une évolution professionnelle d’ici deux ans. Le chiffre recule d’un point sur un an, mais il reste nettement au-dessus de celui de 2024 (+4 points) et de 2023 (+7 points). L’enquête a été menée en ligne auprès de 4 800 salariés, à raison de 400 entretiens par région.
Le calendrier se resserre. 46 % des salariés situent ce changement dans les six mois, et 58 % dans l’année. Surtout, 39 % disent l’envisager avec certitude, trois points de plus que l’an dernier. L’idée d’évoluer n’est donc plus un vague souhait : pour une part croissante des actifs, elle devient un projet daté.
Évoluer, oui, mais souvent sans changer de maison
Le baromètre bat en brèche l’image de la grande démission. Plus de six salariés sur dix qui veulent évoluer pensent le faire dans leur secteur actuel, et 59 % au sein de leur organisation. La reconversion dans un autre secteur concerne 21 % d’entre eux. La création d’activité, elle, tombe à 5 %, son plus bas niveau depuis 2021. Seuls 8 % envisagent de quitter le salariat.
Les raisons de rester sont révélatrices. Les salariés tentés par une évolution interne citent d’abord la connaissance de leur environnement (47 %) et la préservation de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (45 %). Ceux qui regardent ailleurs mettent en avant la rémunération (47 %), l’absence de perspectives internes (36 %) et de meilleures conditions de travail (33 %).
Le salaire revient au premier plan #
Quand on leur demande ce que signifie pour eux « évoluer », 28 % des salariés répondent d’abord une meilleure rémunération. C’est cinq points de plus que l’an passé et le niveau le plus élevé depuis 2021, selon l’Ifop. Acquérir une qualification (11 %) ou changer de métier (5 %) arrivent loin derrière.
Ce retour du salaire dit quelque chose de l’état d’esprit actuel. Avant de chercher du sens ou une nouvelle vocation, beaucoup veulent d’abord une reconnaissance concrète de leur travail. Pour qui accompagne des transitions, c’est un point de départ utile : un projet d’évolution solide part souvent d’un besoin simple, nommé honnêtement.
L’IA, nouveau déclencheur de questionnement #
La nouveauté de cette édition tient à la place de l’intelligence artificielle. 46 % des salariés disent que son développement les incite à réfléchir à leur parcours. 28 % pensent que leur poste pourrait disparaître dans les deux ans à cause de l’IA. Chez les moins de 30 ans, la proportion monte à 35 %, en hausse de sept points.
Dans le même temps, l’IA s’invite comme conseillère. 42 % des salariés ont déjà demandé à une IA des conseils sur leur évolution, et 48 % pourraient y recourir face à une question sur leur travail. Les entreprises suivent de façon inégale : 41 % des salariés sont incités à utiliser l’IA, mais seulement 36 % disent avoir été formés.
Des écarts selon les régions
Les déclinaisons régionales affinent le tableau. En Auvergne-Rhône-Alpes, la page régionale de Mon CEP indique que 79 % des salariés envisagent une évolution et que 50 % disent que l’IA les pousse à réfléchir à leur avenir. Dans le Grand Est, La Gazette relève que 77 % des salariés envisagent une évolution d’ici deux ans et que 47 % connaissent Mon CEP, contre 44 % au niveau national.
Attentistes, anticipateurs et déjà en mouvement #
L’Ifop classe les salariés en trois postures face aux transformations du travail. Les attentistes restent majoritaires, à 48 %, mais ils reculent de trois points. Ceux qui anticipent progressent à 36 % (+5 points). Enfin, 16 % ont déjà engagé une évolution.
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Ce glissement de l’attente vers l’anticipation est sans doute le signal le plus intéressant. Il traduit une prise de conscience : attendre que le poste change de lui-même n’est plus vu comme une option sûre. Faire le point avant d’y être contraint redonne de la marge de manœuvre.
Mon CEP, un appui encore peu connu #
Pour structurer cette réflexion, le conseil en évolution professionnelle reste peu identifié. 44 % des salariés connaissent Mon CEP, mais seuls 10 % savent précisément de quoi il s’agit, et un salarié sur trois dit en avoir été informé par son organisation. Le service est pourtant gratuit, confidentiel et ouvert aux salariés du privé comme aux indépendants. Face à une question sur leur travail, les salariés se tournent d’abord vers leurs proches (74 %) et Internet (72 %), puis vers Mon CEP (63 %).
Le message du baromètre est finalement assez rassurant. L’envie d’évoluer est là, elle est de plus en plus concrète, et elle ne passe pas forcément par une rupture. Prendre le temps d’en parler, à un proche comme à un conseiller, reste la première étape d’un changement réussi.




